lundi 1 juin 2009

Dementia

Chapter 4

Part 1


Je repris conscience dans un état d’engourdissement général. Mon corps me semblait trop lourd pour que je puisse me relever, même mes paupières avaient du mal à s’ouvrir. J’entendis une chaise grincer et des pas se précipiter vers moi.

- Dan ?

Ma mère avait dû percevoir mes yeux qui s’agitaient sous mes paupières. Mais ma bouche était trop sèches, mes lèvres trop lourdes pour que je puisse lui répondre. Je ne sentais pas mes membres. Combien de temps avais-je dormis ? Je l’ignorais. Je savais néanmoins que quelque chose clochait.

Je me rappelais la sensation d’humidité perçue sur mon dos et mes ailes juste avant de perdre conscience. Tâtant les draps de ma main à l’endroit où j’avais vu les gouttes perler, je ne sentis rien d’autre que le doux tissu entre mes doigts.

Ma mère s’empara aussitôt de ma main dans un soupir de soulagement.

- Dan tu m’entends ? Essais d’ouvrir les yeux mon chéri.

Il me semblait que je ne fournirais jamais assez d’effort pour contrôler mes paupières. Je me focalisai alors sur mon corps, tâchant de trouver des signes de ce qui s’était passé. Mon dos était douloureux, d’ailleurs je réalisai à ce moment que j’étais allongé sur le ventre, la tête tournée de côté. Je sentais un bandage qui me serrait la poitrine, emprisonnant mes ailes, mes ailes que je n’arrivais pas à sentir. J’avais l’impression qu’elles n’existaient même plus.

Je serrais la main de ma mère dans la mienne à défaut de pouvoir lui dire que tout allait bien, puis je lâchai sa main, et m’assoupit de nouveau.

La pièce était sombre quand je rouvris les yeux. J’étais toujours allongé sur le ventre, le bandage avait pourtant disparu, laissant mes ailes frémir en liberté. Je me relevai et la tête me tourna pour avoir trop dormi. Prenant conscience de tout mon corps, mes ailes me semblèrent trop légères. Je me pressai alors vers le miroir et y contempla mon dos. J’avais certainement dû perdre beaucoup de plumes car mes ailes étaient bien moins dégarnies que d’habitude. Mon dos avait déjà presque guéri. A en juger par les cicatrices, j’avais dû dormir deux jours d’affilées. J’avais dû être en si piteux état !

Prenant soudain conscience de ce qui venait de m’arriver, mes yeux se baignèrent de larmes, et je ne pus empêcher le flot qui commençait à jaillir. Je me rassis sur le lit et pris ma tête entre mes mains.

Comment combattre quelque chose d’invisible ? Le mal qui me frappait n’avait aucune source. A moins de ne plus jamais dormir et de veiller toutes les nuits, que pouvais-je faire pour prendre les choses en main ?

Des coups retentirent sur la porte, ma mère pénétra d’un pas pressant, puis vint me serrer dans ses bras. Nous restâmes ainsi pendant un long moment avant qu’elle ne rompe le silence et me demande ce qui s’était passé.

- Je n’en sais rien ! M’emportai-je aussitôt.

Le chagrin se transformait en colère. J’étais furieux contre mes ailes qui me laissait tout simplement tomber, furieux contre ma mère qui osait me demander ce qui s’était passé, comme si j’y étais pour quelque chose.

- On a trouvé des entailles profondes sur ton dos, tenta-t-elle de m’expliquer. Tes ailes étaient si fragiles, tes plumes éparpillées dans toute la chambre, comme si tu… quelqu’un te les avait arraché une par une. On a eu si peur. On ne savait pas quoi faire. Ton grand père a dit que ça irait, que tu n’avais pas perdu tant de sang que ça, que tes ailes te guérirais assez vite.

- Eh bien il n’a pas eu tort, lui dis-je avec amertume.

- Mais tu ne te rappelle de rien ? Quelqu’un a-t-il pénétré dans ta chambre pendant la nuit ? Tu n’as comme même pas pu dormir tranquillement pendant que quelqu’un te… ton grand-père a dit qu’on ne t’avait pas drogué, tu étais donc conscient lorsque s’est arrivé…

- Je ne sais pas maman ! Je ne me rappelle de rien.

- Je t’en prie, si c’est ton père ne le protège pas…

- Non ! Comment peux tu penser que papa pourrait me faire du mal.

- Il n’est pas lui-même, tu le sais bien. Il se pourrait qu’il… enfin, tant mieux si ce n’est pas lui, mais je ne vois pas comment ça a pu se produire... L’important est que tu ailles bien au final, ajouta-t-elle après un moment de silence.

- Je vais déjà beaucoup mieux, m’enquis-je aussitôt, y voyant une échappatoire. Mais je me sens encore très fatigué.

- Je te laisse te reposer, me dit-elle en posant un baiser sur mon front. S’il te plait ne ferme pas la porte à clef… Je t’aime.

- Je t’aime aussi maman, finis-je par lui dire.

Ma mère n’y était pour rien, aussi était-il injuste que je m’en prenne à elle, alors que je lui cachais tout depuis des semaines. Peut être étais-je aussi en colère parce que ma famille avait fini par se rendre compte de ce qui m'arrivait et qu’ils allaient désormais sans cesse me le rappeler, rien qu’en voyant tous les jours leurs visages inquiets.

Des petits coups saccadés me firent sursauter. Les volets de la fenêtre étaient fermés, ce qui ne m’empêcha pas de distinguer la silhouette d’Arwen derrière.

Je m’empressai d’ouvrir la fenêtre. Je parvenais à la voir à mesure que je remontais les volets. Son visage m’apparut enfin, inquiet, ses yeux bouffis, il me semble, par une nuit passée à pleurer.

Je préférais alors garder le silence et l’enlaçai dès qu’elle eût pénétré dans la chambre. Elle se remit alors à pleurer dans mes bras et je ne sus que faire pour la réconforter, sinon la serrer très fort.

Elle finit par se dégager et me dit sur un ton interrogateur :

- J’avais vu des cicatrices avant. Sur ton dos. Je n’avais pas osé te demander à ce moment là. Je n’ose pas non plus aujourd’hui.

Elle baissa les yeux avant de reprendre.

- Je ne veux pas savoir ce qui t’es arrivé, même si je doute que tu le sache toi-même.

- Il me semble que si c’était quelqu’un qui me faisait ça, il m’aurait déjà tué depuis longtemps, lui dis-je sur un ton qui laissait croire que je parlais plus à moi même qu’à elle. Je ne vois pas pourquoi il s’amuserait à pénétrer dans ma chambre le soir, pour me blesser et repartir. Et je ne vois pas qui pourrait me haïr ce point.

Elle me regarda avec des yeux ébahis.

- Je suis désolé, m’excusai-je. Je ne voulais pas te faire peur. Ce qui est arrivé il y a quelque jour… ça m’est déjà arrivé plusieurs fois auparavant, mais ce n’était jamais très grave. J’ai eu peur aussi… quand je me suis réveillé et que j’ai vu mes ailes. Je ne sais pas quoi faire, finis-je par avouer.

Elle m’adressa un faible sourire avant de venir s’assoir à côté de moi.

Maintenant que ma vie semblait un peu plus remplie, j’aurais dû être heureux, en particulier en ce moment même, avec Arwen à mes côtés, Arwen qui s’inquiétait pour moi. Mais l’angoisse avait enfin fini par m’atteindre, et tout ce que je pus faire, c’était lui rendre son sourire.

To be continued...

jeudi 16 avril 2009

Dementia

Chapter 3
Part 2

Je n’ai pas souvenir d’une sensation pareille. Se réveiller aux côtés d’un être à qui l’on tient, l’enlacer avant de dormir relève du rêve, mais le retrouver au réveil, se rendre compte que le rêve n’en était pas un, quel délice ! J’avais depuis longtemps abandonné l’idée que l’âme sœur puisse exister. Non que je fusse très âgé pour abandonner si vite, je n’avais pas vraiment d’expérience et j’avais encore un long chemin à tracer devant moi. Mais la vie s’étalait devant moi, vide, effrayante, et cette vision de mon futur m’échappait totalement. Je n’y étais pour rien, moi qui d’habitude étais de nature optimiste. Une sensation de vide s’imposait à moi dès que j’ouvrais les yeux, et ce depuis plusieurs semaines déjà. Pour moi le lien avec ce qui m’arrivait était évident. Peut être les plumes que je perdais m’ôtaient elles à chaque fois un peu de ce qui me restait d’espoir.

Je n’osais bouger, ni même respirer trop fort contre son cou. A cette distance je pouvais humer son odeur. Bien que celle-ci fût moins prononcée maintenant alors que j’avais passé la nuit à la respirer. Sa chair paraissait délicate et je parcourus son corps à la quête d’endroits d’où je pouvais la percevoir. Sa respiration calme et régulière marquait son sommeil. Ses ailes étaient le seul obstacle entre son corps et le mien. Et c’est grâce à elles que la position dans laquelle on dormait n’était en rien suggestive.
Ses ailes frissonnèrent juste au moment où je relevais ma tête pour sentir ses cheveux. Sa respiration changea, je l’avais réveillée. Elle ne bougea pas. Nous restâmes ainsi quelques minutes avant qu’elle ne rompe le silence.
- Bonjour, me dit-elle.
- Tu as bien dormi ? M’enquis-je aussitôt.
- Comme un ange, me répondit elle en s’esclaffant.
Mon rire se joignit au sien. Elle se releva et parcouru la pièce en grandes enjambées dans la direction de la fenêtre. Elle se retourna juste avant de l’atteindre. Un sourire radieux illuminait son visage, les rayons du soleil venaient filtrer à travers ses cheveux et entourait ses ailes. Une vision à immortaliser.
- On se retrouve sur la route du lac dans une heure ?
- Oui, lui répondis-je.
Comment pourrais-je refuser !
- Super ! me dit-elle aussitôt. Rendez vous au début du sentier.
Je commençais à m’habituer à sa façon de s’envoler sans vraiment me dire au revoir.

La douche m’avait fait du bien, remis mes idées en place, rafraichi ma tête, et j’en avais besoin. Ma mère ne m’avait pas trop posé de questions, ce qui était fort étrange. Je m’étais en effet réveillé bien assez tôt un samedi matin, alors que ce n’était nullement dans mes habitudes, et je lui avais annoncé une sortie avec des copains. « Mais quels copains ? » aurait-elle dû dire alors qu’elle s’est contentée d’un « amuse-toi bien » en m’embrassant sur le front. Peut être avait-elle vu ce qui s’était passé la veille au soir. Rien n‘échappe à ma mère !
Elle était debout dans le croisement tournant le dos au sentier. Je ne savais toujours pas comment elle s’appelait et j’avais honte de le lui demander. Si ça se trouve elle connaissait déjà le mien. Au bout de trois rencontres avec elle je trouve cela risible de lui demander son prénom. Tout ce que je pouvais faire c’était espérer qu’elle s’en rendre compte et qu’elle me l’annonce par elle-même.
- Suis-moi, s’écria-t-elle alors que quelques mètres nous séparaient encore.
Elle ôta sa veste, la noua autour de sa taille et s’envola. J’eus à peine le temps de voir la direction qu’elle prenait. Je fis de même avec mon pull et la suis.
Elle volait assez bas, jamais très loin du sentier mais toujours à l’abri des arbres au cas où quelqu’un viendrait à passer par là. Le risque était cependant presque nul vu l’heure qu’il était.
Au bout de quelques minutes nous débouchâmes sur le lac. Nous atterîmes aussitôt réalisant qu’on n’avait pris aucune précaution. Le lieu était heureusement vide et le silence qui hantait la vaste étendue d’eau fût brisé par le rire soudain de mon amie. C’était un rire joyeux, sans aucune raison. Elle ôta ses chaussures et les balança sur le sol rocailleux. Elle prit de l’altitude, me faisant face puis me dépassa en direction de l’eau. Elle prit de la vitesse et descendit assez bas pour pouvoir frôler l’eau avec sa main. Arrivée au centre du lac elle s’éleva dans les airs. Elle resta ainsi quelques secondes à me contempler. Elle était si belle. Tout en elle affolait mon cœur.
Elle interrompit mes réflexions en plongeant en direction de l’eau, tête la première. Je crus qu’elle allait plonger, mais dès qu’elle fût assez près de l’eau elle décéléra et s’immobilisa à quelques centimètres de la surface de l’eau. Elle se redressa et se tint en équilibre, ses pieds touchant à peine l’eau, puis avança en bougeant les jambes comme si elle marchait sur l’eau. Elle ne divergeait jamais trop de sa position initiale. L’illusion était parfaite.
Je la rejoignis pour faire mes essais. Elle pouffa de rire en me voyant sautiller baignant à chaque fois la moitié de mon pied dans l’eau.
Dans un élan d’impatience elle me prit la main et nous rejoignîmes le bord du lac. Elle se tenait debout face à moi et tout ce dont j’avais envie c’était de l’enlacer. Je ramenais mes ailes comme pour m’envelopper avec et me rapprochait d’elle. Elle fit de même. Je parcouru le pas qui nous séparait pour atteindre son visage, à l’ombre de nos ailes qui s’étaient rejoints en même temps que nos lèvres.

Ma mère pénétra dans la chambre, un regard curieux sur le visage. Elle s’esclaffa de rire dès qu’elle vit mon sourire béat. J’avais l’air d’un crétin, je le sentais.
- Je vois que tout va bien, me dit-elle. Dans ce cas je t’abandonne à tes rêveries, tu dineras plus tard si tu le souhaite.
J’appréciais que ma mère sache me laisser un peu d’intimité dans des moments pareils, même s’il fut normal qu’elle vienne vérifier que j’étais toujours en vie après avoir passé les dix dernières minutes à m’appeler sans obtenir de réponse.
Je restai ainsi encore une heure à me demander pourquoi il fallait qu’Arwen eussent justement aujourd’hui un déjeuner de famille.
Voulant profiter au maximum de ma solitude, je descendis les escaliers quatre à quatre et avala mon diner en moins de cinq minutes. Je rejoignis ensuite ma chambre et m’allongeai sur mon lit. Je perdis peu à peu connaissance alors que je n’avais nullement sommeil et que tout ce que je souhaitais était de repenser à elle encore et encore.

Des cris m’extirpèrent de mes songes. Pour une fois que je faisais de beaux rêves. Mes yeux étaient lourds et je ne pus les entrouvrir qu’à moitié. La lucidité ne me parvenait toujours pas mais je compris peu à peu ce qui se passait. On frappait à ma porte avec une telle vigueur, la poignée bougeait sans cesse. On essayait d’ouvrir ma porte et je ne me rappelais même pas l’avoir fermée à clé. Je n’en avais pas l’habitude, même si c’était ce que je devais faire chaque soir avant de dormir. J’entendis ma mère maudire cette consigne et appeler mon père à la rescousse. Une secousse ébranla ma porte une première fois. La deuxième fut suffisante pour que le bois craque. Mon père pénétra le premier. Il me fixa, le regard hagard, tourna la tête vers ma mère juste au moment où elle s’avançait vers moi en courant. Elle palpa mon pouls, me tapota la joue comme pour me réanimer. Mes yeux s’ouvrirent juste assez pour voir ses larmes perler sur ses joues et venir mouiller les miennes. Elle cria quelque chose à mon père qui quitta la chambre d’un pas précipité.
Je n’étais pas assez éveillé pour voir ce qui se passait. La dernière chose dont je me rappelais était une sensation d’humidité. Les draps, mes vêtements, mon dos. Mes yeux roulèrent sur le côté juste avant de se refermer pour s’arrêter sur une flaque rouge au pied de mon lit dont le liquide provenait de gouttes qui coulaient du drap.

To be continued...

vendredi 10 avril 2009

Dementia

Chapter 3
Part 1


Je traînai le pas vers la maison ne pensant qu’à la scène à laquelle je venais d’assister, de peur que les images ne s’effacent de ma mémoire. Je revoyais sans cesse une jolie fille entourée d’immenses ailes blanches et c’était tellement beau ! Mon cerveau embellissait tellement les images que j’aurais presque cru que ce n’était qu’invention de sa part.

En y repensant, elle avait pris la bonne décision en s’en allant sans attendre ma réaction, car je ne sais combien de temps j’aurais pu rester planté là, sans même bouger un pouce ou entamer un petit pas vers elle ! J’étais au demeurant tout aussi consterné que tout à l’heure.

Par bonheur je ne croisai personne en remontant dans ma chambre. Tout était calme, ma mère n’était probablement pas encore rentrée, mon grand père devait faire un somme, ma sœur ses devoirs. Je m’affalai sur le lit et fermai les yeux. Je ne voulais penser à autre chose, car je savais que dès que je le ferais, son image deviendrait floue. D’ailleurs elle le devenait déjà. C’est ce genre d’exercice qui nous fait réaliser à quel point la mémoire humaine peut être défaillante. Et c’est tellement dommage !

Comme je divaguais vers les images de la jeune fille que mon cerveau avait pu collecter ces deux derniers jours, je réalisai soudain que je ne connaissais pas son prénom. Ce fût la dernière chose qui me passa à l’esprit avant que je ne sombre dans le sommeil.

C’était une balle que je tenais à la main et que je lançai sur le mur d’en face qui faisait tant de bruit. Un bruit agaçant, comme un marteau piqueur qui fonctionnait au ralenti. J’étais seul dans une chambre aux murs noirs, ayant pour seul mobilier un fauteuil sur lequel j’étais assis. Seule la porte se détachait du reste de la pièce de par sa couleur. La porte était blanche et c’est pour cette raison que je ne la ratais jamais quand je la visais avec mon ballon. La couleur de la porte m’hypnotisait au point que je ne réalisais pas ce qui se passait autour. Les clichés accrochés sur les murs de la pièce, mélange de photos et d’images. Tous ces clichés m’étaient familiers, c’était les mêmes images qui avaient défilé dans ma tête à mon cours de math.

Ma mère et ma sœur y étaient fréquentes. Leurs visages étaient transfigurés par la peur et la douleur. On lisait la souffrance dans leurs yeux à chaque fois. Une souffrance qui ne serait pas due à ce qu’elles subissaient mais à tout autre chose. Une sorte de souffrance morale, comme lorsqu’on perd quelqu’un. Le fond qui se détachait derrière eux était toujours le même. Du rouge rien que du rouge. Par tâches, un peu partout sur les murs, le sol et les draps du lit.

Dans un autre coin de la pièce il y’avait des clichés de mon père, baignant dans son sang sur le canapé du salon. Allongé sur le dos, un couteau planté dans la poitrine, les yeux encore ouverts et la bouche béante. Le sang baignait presque toute la pièce. Comment un seul corps peut il contenir autant de sang ?

Je restais assis, sans réaction aucune, ne faisant que jeter ma balle sur la porte d’en face. J’avais la certitude que la porte n’allait pas s’ouvrir, personne n’allait entrer dans la pièce. Personne n’allait venir me chercher. Comme si tous ceux qui étaient susceptibles de le faire n’étaient plus là.

Je tournai la tête vers les clichés, gardant ma balle dans ma paume. Une douleur lancinante me perça la poitrine. Je souriais et m’en rendant compte je voulus crier, pleurer, mais je n’arrivais à contrôler ni mes larmes ni les sons qui sortaient de ma gorge, car à ce moment je commençais à rire. Je repris alors mon activité précédente, et commença à lancer le balle sur la porte recréant le bruit de fond qui avait bercé mes songes.

Le bruit de martellement finit par me réveiller. J’étais en sueur. Encore un mauvais rêve. Je tournai la tête vers la fenêtre et sursautai. Elle était là, derrière la fenêtre et tapai doucement du poing sur la vitre. Elle était en équilibre sur le minuscule rebord de la fenêtre, ailes déployées.

Je me hâtai vers la fenêtre, me pris les pieds dans mes chaussures qui trainaient sur le sol, tombai et maudis mon manque de rangement. J’étais encore ensommeillé, ça devrait excuser mon manque d’équilibre. J’entendis la fille pouffer de rire à travers la vitre. J’allai lui ouvrir, me hâtant moins cette fois. Elle bondit dans la chambre en pliant ses ailes pour qu’elles puissent passer à travers la fenêtre, se redressa pour examiner ma chambre. Il faisait nuit au dehors, sombre à l’intérieur, mais la pâle lueur de la lune me permettait de l’observer. Elle ne parut pas apprécier le désordre général et je me mis tout de suite à ramasser tout ce qui trainait par terre.

Elle me sourit et alla s’assoir au pied du lit. Je maudis encore une fois mon manque de rangement qui ne faisait que me faire perdre du temps. Elle était là dans ma chambre, assise sur mon lit et moi je rangeais, ce qui, je réalisai aussitôt, ne m’empêchais pas de parler.

- Tu es partie bien vite ce matin, je n’ai même pas eu le temps de réagir.

- Et bien je pensais qu’il valait mieux t’épargner ça et peut être te laisser pus de temps pour savoir quoi dire, dit elle en souriant. A priori j’avais raison. Ce que je n’arrive cependant pas à comprendre, c’est pourquoi tu te caches encore.

Je réalisai alors que j’avais toujours mon gros pull et mes ailes en dessous.

- Non ce n’est pas ça, lui dis-je en ôtant mon pull. Je me suis juste endormi avant de me changer. Je suis très fatigué, j’ai très peu dormi hier soir.

Mes ailes n’étaient plus douloureuses, mon dos avait déjà guéri, juste quelques cicatrices marquaient mon cauchemar, ce qu’elle remarqua aussitôt.

- J’ai l’impression que tes ailes sont bien fragiles. Tu n’as pas beaucoup de plumes.

C’était pour ça que ses ailes paraissaient plus imposantes que les miennes.

- Ou peut être devrais je dire que tu n’as plus beaucoup de plumes, se reprit elle aussitôt.

Elle était bien perspicace. J’avais l’impression que je ne pouvais rien lui cacher, surtout parce que je ne le voulais pas. Je lui épargnai toutefois mon histoire. Il valait mieux que l’inquiétude ne nous gagne pas tous les deux ce qui pourrait gâcher ce moment, je n’avais en outre aucune envie de repenser à ce qui m’arrivais.

- Je suis désolée, s’empressa-t-elle de dire alors. C’était indiscret de ma part.

- Non, non pas du tout, la repris je. Je n’ai juste pas envie d’en parler maintenant c’est tout. En plus c’est une longue histoire et je n’ai pas envie de te faire peur.

Je lui souris en allant la rejoindre. Je m’assis à côté d’elle, laissant assez d’espace entre nous deux pour nos ailes. Les miennes semblaient bien plus brillantes et douces que les siennes. Les siennes plus vigoureuses, mieux garnies comme elle l’avait elle-même déjà fait remarquer.

- Est-ce que je peux rester ? me dit-elle tout à coup.

Sa proposition alarma mon corps qui se raidit, mon cœur qui se mit à battre plus vite.

- Bien sur, lui répondis-je.

- Je vais juste m’allonger à côté de toi. Ça ne te dérange pas ?

- Bien sur que non, m’empressai je de dire.

Alors elle s’allongea en me tournant le dos. Je passai mon bras autour de sa taille et tirai la couverture.

Il faisait frais et j’avais agréablement chaud.


To be continued...



mardi 24 mars 2009

Dementia

Chapter 2

Je n’eus pas le loisir de profiter d’un long sommeil. Je m’étais rendormi très tard et je ne pus fermer l’œil que deux heures avant que le réveil ne sonne. Je ne pus donc échapper ni aux cernes prononcées sous les yeux, ni à l’engourdissement général de mes membres.

Ma torpeur s’estompa lorsque je découvris, ravi, que mon lit était propre et mon dos indolore.

J’hésitai cependant avant de laisser mon euphorie prendre le relais et s’exprimer à travers mon corps. Je me mis alors à tirer sur mes plumes, une à une, afin de vérifier qu’elles étaient bien en place et ne risquaient pas de se détacher au milieu de la journée.

Le peu d’énergie qu’il me restait n’hésita alors pas à faire surface. Je sautai sur le lit et poussai des cris de joie, exactement comme le jour où je vis pour la première fois mes ailes pousser.

Au troisième saut je m’effondrai sur le lit. La fatigue avait pris le dessus comme pour clamer que mon corps avait besoin de repos. D’ailleurs il en était de même pour mon cerveau, car à cet instant précis je me mis à envisager la possibilité que tout ceci ne fût qu’un répit avant que mon mal ne reprenne son cours.

Je chassai cette idée de ma tête et me hâtai de peur d’être encore en retard.

Un brouillard s’était installé sur la ville pendant la nuit. J’étais mouillé lorsque je montai dans le bus. La brume se collant à mon visage m’avait certes réveillé, je n’en restais pas moins fatigué, ce qui me mettait de mauvaise humeur. Il fallait que la journée se termine vite, je dormirai tôt ce soir et d’un sommeil profond, il le fallait. Après tout, les choses n’allaient elles pas mieux ?

Je me perdis dans la contemplation du paysage qui défilait à travers la fenêtre. D’abord je ne remarquai pas la jeune fille qui me dévisageai à l’avant du bus. Je la vis lorsque je tournai la tête pour vérifier que la prochaine station était bien celle où je devais descendre, et risquai un regard vers elle. Une élève de seconde, me semble-t-il. Je détournai rapidement la tête de peur qu’elle ne s’invite sur le siège libre à côté du mien. Non qu’elle fut désagréable à regarder, au contraire. Mais en ce moment, j’avais l’impression que mes sens étaient sous l’emprise de quelqu’un d’autre, et le peu de lucidité dont je disposais suffisait déjà à m’éclairer sur la personne en question : je revoyais ma rencontre fortuite avec la charmante lycéenne, la journée précédente.

J’arrivai au lycée juste à temps pour le début des cours et pressa le pas pour ne pas rater mon entrée au cours de math. Je traversai le couloir qui conduisait à ma classe lorsque je passai devant une classe de terminale. Elle était là, assise au fond de la classe.

Elle était plus âgée que moi. Voilà qui n’arrangeait pas mes affaires.

J’ôtai cette réflexion de ma tête. Qu’allais-je m’imaginer ? De toute façon j’avais pour consigne de ne pas me faire de petite amie, car il aurait suffit qu’elle m’enlace, chose tout à fait anodine dans un couple, pour qu’elle sente mes ailes sous mon pull.

Cet arrêt imprévu me mit vraiment en retard cette fois. Je pénétrai dans la salle, le cours avait déjà commencé et le prof de math me jeta un regard désapprobateur.

Le cours me sembla durer une éternité, et mon manque d’enthousiasme pour cette matière n’en était pour rien. J’avais les yeux embrumés pendant toute la séance. Les pensées qui m’assaillaient et les équations que transcrivait le prof de math sur le tableau se disputaient mon cerveau. Les chiffres se mêlaient à des images qui apparaissaient quelques secondes avant de s’effacer aussitôt. Mais les visions qui s’imposaient à moi étaient bien trop troublantes pour que le flot de parole qui émanait du prof ait la moindre chance de remporter le combat.

Je n’arrivais pas à décider si c’était mon imagination qui m’offrait une distraction pendant le créneau le plus ennuyeux de la journée, ou si c’était mon inconscient qui faisait émerger des images de mon vécu.

Je voyais des yeux apeurés, des yeux que je connaissais très bien. Je voyais du sang, de grosses flaques sur le sol, de petites taches sur les murs. Les murs aussi m’étaient familiers, de même que le tapis et les pièces où je voyais tout ce rouge.

Deux visages effrayés me fixaient d’un air implorant. Ces visages je les connaissais car je les voyais tous les jours. C’étaient les visages de ma mère et de ma sœur.

La sonnerie mit fin à mes divagations. Je fus soulagé par la fin du cours et sentit un flot de culpabilité. J’avais déjà assez de retard en math, et je n'ai pu m’empêcher de gâcher un cours de plus. Je n’avais rien suivi, il faudrait que je relise le cours en entier.

Les cours suivants furent plus faciles à suivre bien que certaines images revenaient sans cesse et que je ne parvins à les chasser.

L’heure de manger vint très vite. Je m’assis à la cantine avec une poignée de camarades avec qui je n’avais aucune affinité, mais qui me permettaient surtout de ne pas m’isoler, de passer inaperçu, « fondre dans la masse » comme l’aurait formulé ma mère.

En m’installant, mes yeux se tournèrent machinalement vers un coin reculé de la cafétéria et je la vis, assise toute seule à sa table, mangeant en silence. Elle avait le regard perdu, ne prêtant même pas attention aux regards insistants de certains garçons tombés sous le charme. Je la vis même en éconduire un de façon très gentille, lorsque celui-ci s’assit en face d’elle et entreprit la conversation avec elle.

Je réalisai soudain que je n’étais pas mieux que tous ces garçons stupides. Je n’avais cessé de la fixer, je n’avais même pas entamé mon repas.

Savait elle seulement que la plume qu’elle avait caressé avec tant d’admiration était la mienne ? Ce serait sûrement le seul moyen pour l’impressionner et avoir la chance ne serait que de partager son repas. Un instant j’envisageai de l’aborder, mais je me ravisai aussitôt. Lui parler de mes ailes ne serait pas une bonne idée. Soit elle me prenait pour un fou, soit je l’emmenais à part et les lui montrais vraiment, si elle accepte de me suivre bien évidemment. Auquel cas je lui aurais dévoilé mon secret, et ce dernier n’appartenait malheureusement pas qu'à moi.

Je me rassis donc, peiné. Mes camarades qui ne remarquèrent en rien mon objectif premier, virent néanmoins mon expression se figer dans une sorte de mou qui faisait pitié. Plusieurs d’entre eux me demandèrent si tout allait bien. Je regagnai alors mon éternelle bonne humeur pour échapper à leurs yeux inquisiteurs, car si moi je ne m’inquiétais pas pour moi-même, eux si.

Je ne fus pas déçu en entendant la sonnerie. Elle m’extirpa de mes pensées, comme d’habitude, et je me levais avec peine, encore fatigué. J’avais somnolé presque tout l’après midi, ce qui me fit un peu de bien mais me valut deux ou trois reproches de la part de mes professeurs.

Une fois dehors j’hésitais encore entre prendre le bus et rentrer à pied. La fatigue m’encourageait pour la première option, mon besoin de solitude pour la deuxième. On trancha pour moi.

- Je te raccompagne ?

Un souffle m’effleura la nuque en même temps que j’entendis ces paroles. Je frissonnai. La voix m’était totalement inconnue et un espoir éclaira mes yeux avant même qu’elle eut le temps de me contourner pour se planter devant moi.

- Tu comptais rentrer à pied ? Parce que si c’est le cas, je veux bien qu’on fasse un bout de chemin ensemble, me dit elle.

Était-il possible qu’elle parlât à moi ?

- J’en conclus que oui alors. Super !

Sur ce elle me dépassa et prit la direction que j’empruntai tout les jours pour rentrer chez mon grand père, puis elle stoppa net, se détourna et me regarda d’un air amusé. Elle me fit signe de la rejoindre. Je pris mon courage à deux mains et la suivit.

J’adaptai mon rythme au sien et marchai légèrement derrière elle, de sorte à ce qu’elle ne voit pas mon expression ahurie, et que je puisse la regarder sans qu’elle s’en aperçoive. Je compris qu’elle n’aimait pas être examinée de la sorte lorsqu’elle ralentit pour me laisser arriver à sa hauteur.

Le silence s’installa entre nous. Il fallait que je saisisse cette chance.

- Tu es en terminale c’est ça ?

C’était le mauvais sujet à aborder. Elle allait sûrement me demander dans quelle classe j’étais et s’enfuirait dès qu’elle saurait qu’elle était plus âgée que moi.

- Oui, me répondit elle. Je suis contente c’est bientôt la fin. J’en ai marre du lycée. Et toi tu es en première, c’est ça ?

- Oui.

Elle me sourit. J’étais presque inaudible, comme si j’en avais honte. Je finis par lui sourire à mon tour, évitant de reprendre le fil de la parole. Je ne trouvais rien d’intéressant à dire sur le moment, et je ne voulais pas paraitre idiot.

- Tu sais il y a bien de façons d’approcher une fille. Je t’ai vu me regarder à la cantine. Mais bon, au moins toi tu n’es pas comme tous ces crétins.

Je virai au rouge. Si seulement j’avais mes ailes en ce moment précis pour me cacher le visage.

Elle s’esclaffa. Je ris de même. La discussion prenait une tournure que j’appréciais. Tout cela voulait il dire qu’elle m’appréciait aussi ?

- En tout cas me voilà faire le premier pas, enchaina-t-elle après quelques minutes de silence. J’avais envie de te montrer quelque chose.

Sur ce elle me prit la main et m’entraina loin de la route.

- Tu sais je pense que ça ne sert à rien de se dérober plus longtemps, me dit-elle. Ça ne sert à rien. Tu as un secret et je le connais.

Je stoppai net. Je la regardai, ébahi. Se put il qu’elle parle de mes ailes ? Si ça te trouve elle est à des milliers de kilomètres de la vérité mais pense avoir découvert quelque chose me concernant.

Je tentai de détendre l’atmosphère.

- Et bien tu n’as qu’à me dire ce que tu sais et je te dirais si tu fais fausse route, rigolai-je.

Sur ce, elle jeta sa veste à terre et ôta son t-shirt. Je ne savais comment interpréter son geste, je n'eue de toute façon pas le loisir d'y réfléchir trop longtemps, ses courbes attiraient déjà mon regard. Elle avait une silhouette élancée, un corps qui me parut parfait, et je me rendis compte que je ne l'avais jamais remarqué. Mon hébétude fut interrompue par quelque chose qui bougea derrière son dos. Ses ailes se rétractèrent de chaque côté. Elles étaient imposantes, peut être plus que les miennes. L'ombre que créait ses ailes l'enveloppa toute entière et, loin de l'éclat aveuglant du soleil, la signification de ce qui se dévoilait à mes yeux s'imposa à moi comme pour me crier qu'il était temps de réagir.

Elle me sourit avec un regard curieux.

- Je donnerais tout pour savoir ce qui se passe dans ta tête en ce moment, me dit-elle.

- Je ne sais pas quoi dire, bégayai-je.

Sur ce, elle battit des ailes et partit.

To be continued...

samedi 7 mars 2009

Dementia

Chapter 1
Part 2

Les ailes n’ont jamais eu d’influences néfastes sur qui ce soit. Elles ont, au contraire, tendance à rendre celui qui les porte plus docile et sain d’esprit.

Toutefois, avec mon père ce fut différent.

C’était à son quarantième anniversaire, alors que notre famille avait tout pour être enviée, que les évènements prirent une tournure inattendue. Les plumes de mon père commencèrent à s’assombrir. Un voile noir s’étendait de plus en plus, jour après jour, sur ses ailes. Mais ça n’aurait pas suffit. Mon père devint en outre agressif, irascible. Il était alors cadre dans une grande entreprise.

Un jour pendant une réunion, il s’emporta pour une quelconque décision avec laquelle il n’était pas d’accord. Il s’est alors mis à insulter ses supérieurs, présents dans la salle, les menaçant, poing levé. Il fut bien évidemment renvoyé.

Il est vrai qu’il avait un boulot épuisant, qu’on le surchargeait de travail parce qu’il ne se plaignait jamais, et qu’en plus, ils avaient tendance à ignorer ses propositions, mais il avait toujours réussi à maitriser ses émotions et à dominer son envie de cracher au visage de ses supérieurs tout le mal qu’il pensait d’eux.

Aujourd’hui encore il le regrette quand il y pense, et pour cause : on vit désormais chez grand père, et ce crétin joue la carte de la pitié.

Il faisait nuit sombre et j’arpentais les pièces de la maison à la recherche de quelqu’un. J’avais l’impression que je ne connaissais pas très bien cette maison qui pourtant était la mienne. J’errais de chambre en chambre ignorant qui chacune d’entre elle abritait, tournant les talons à chaque fois, signe que je n’avais pas encore trouvé celui ou celle que je cherchais.

Je finis par me résigner à descendre au rez-de-chaussée, supposant que ma proie devait encore veiller.

Je pénétrai dans le salon où je finis par trouver ce que je cherchais. Mon père était là, allongé sur le canapé. Il sombrait dans un sommeil profond et je me rappelai soudain que sa noirceur nouvelle l’avait obligé à se réfugier au salon de peur de faire du mal à ma mère dans son sommeil.

D’ailleurs on avait tous eu pour consigne de fermer nos portes à clé avant de dormir, alors pourquoi m’aventurais-je hors de ma chambre si tard dans la nuit ?

J’avançai doucement, me rapprochant de mon père, jusqu’à ce que mes pas me ramènent au pied du canapé. D’un ordre qui ne fut pas le mien, ma main droite s'élevât droit devant moi. Je me rendis alors compte que ladite main tenait un couteau. Elle s’abattit avec force et commença à taillader les plumes sombres de mon père, qui était couché sur le ventre.

Ma main arrachait si violemment les plumes noires et je criais si fort pour l’arrêter, mais aucun son ne semblait sortir de ma gorge.

Je me regardais, remplis de haine envers cette personne qui m’avait tant donné et tant appris. J’étais en train de lui enlever son âme, ses ailes.

Cependant, tout contrôle semblait m’échapper, et je ne pus stopper ma main qui s’abattait de nouveau.

J’avais presque fini ma besogne avec ses ailes lorsque mon père se retourna. Il tourna vers moi un visage transfiguré de colère, ses yeux étaient noirs et ses dents blanches menaçaient de mordre. Je plantais le couteau dans sa poitrine, et je ne pus réprimer un sourire au son de la lame s’enfonçant dans sa chair. Je n’avais même pas eu peur de la réaction de mon père et j’éprouvais une sorte de satisfaction que je ne pouvais m’expliquer.

Je regardais le sang dégouliner de l’entaille béante sans même prendre la peine de m’éloigner lorsque le sang atteignit mes pieds nus.

C’est lorsque le sang baigna mes pieds que je me réveillai. C’était dans la sueur que je baignais.

Je fus content de réaliser que ce n’était qu’un mauvais rêve, et encore plus ravi de voir qu’il faisait encore nuit et que mes plumes étaient encore sur mes ailes.

Je portai ma main sur ma poitrine, je haletais encore.

J’ouvris la fenêtre avant de m’envoler jusqu’au toit. Je m’assis et m’adossai contre la fenêtre du grenier.

Les étoiles étaient si loin. Pourtant, elles me semblaient si proches ce soir. Moi qui ne connaissais pas grand-chose de la terre, j’avais déjà envie d’aller ailleurs, à la conquête l’univers.

Plein d’idées fusaient dans ma tête. Je ne pouvais être la personne que j’ai vue dans mon rêve, ni la devenir d’ailleurs. Je n’étais pas rancunier, j’avais même du mal à haïr quelqu’un, aussi étrange que cela puisse paraitre. Devenir l’inconnu de mon rêve signifiait juste que mon âme devenait mauvaise. Dans ce cas là, il n’y aurait qu’une seule explication : que j’aie le même destin que mon père. Non que mon père fût une mauvaise personne. Ses sautes d’humeur échappaient tout simplement à son contrôle.

Mais cette explication ne pouvait être la bonne pour deux raisons. La première était que j’étais trop jeune. Alors que le mal de mon père l’avait frappé à la quarantaine, je n’avais que dix-sept ans. La deuxième était que ce qui m’arrivait n’avait rien à voir avec ce qui est arrivé à mon père, car il me semble que mon père n’a jamais perdu une seule de ses plumes. En outre, il ne s’est jamais plaint de douleurs dans le dos.

Je savais que même si je n’angoissais pas, je devais faire quelque chose. Jusque là je m’étais contenté d’attendre que mon cauchemar disparaisse aussi brusquement qu’il avait commencé. Au fond de moi j’étais convaincu qu’une telle chose ne pouvait durer bien longtemps. C’était une mauvaise passe, rien de plus. Une sorte de maladie dont je guérirais avec le temps. Une grippe. Oui c’était juste une vilaine grippe qu’on contracte dans les ailes.

Le verre glacial de la fenêtre soulageait mes cicatrices. Demain soir j’aurais un dos tout neuf, à condition que les évènements de ce matin ne se réitèrent pas.

To be continued...

lundi 2 mars 2009

Dementia

Chapter 1
Part 1

Ce matin j’ai encore trouvé des plumes sur mon lit. Je me suis réveillé en sueur, comme souvent ces dernières semaines. Je me traînai jusqu’au miroir pour y contempler mon dos endoloris. J’avais des entailles plus ou moins profondes un peu partout, mais c’était toujours là où naissaient mes ailes que les entailles se creusaient le plus.

Mon lit était recouvert de plumes et je ne pus m’empêcher de spéculer sur le nombre de jours qu’il me restait avant que mes ailes n’aient perdu toutes leurs plumes.

L’angoisse que j’aurais dû ressentir depuis que ça a commencé ne se décida pas à se manifester, et je redoutais déjà le jour et le lieu où elle allait m’exploser à la figure. Je savais que je devrais avoir peur de ce qui m’arrivait. Je n’arrivais cependant pas à ressentir le moindre frisson.

Je pris soin de me changer et de laver mon pyjama tâché de sang. Tôt ou tard ma mère allait remarquer la fréquence à laquelle je lavais ce vêtement et ce jour risquait d’arriver bien assez tôt. Elle jugerait alors la chose inquiétante et entamerait sa propre enquête avant de me demander ce qui se passe. Mais je ne voulais pas l’inquiéter, en tout cas pas avant que je n’aie découvert ce qui m’arrive vraiment.

Je ramassai les plumes que j’entassai avec les précédentes dans mon grand coffre à jouets. Je savais que ma mère ne risquait pas de s’y intéresser.

J’étais déjà en retard pour l’école. Je me permis néanmoins un brin de toilette avant de descendre prendre mon petit déjeuner. Le soleil filtrait à travers la fenêtre de l’escalier. La journée était bien trop belle pour que je fusse de mauvaise humeur.

Tout était déjà prêt sur la table de la cuisine et un petit mot de la part de ma mère trainait, comme tous les matins, à côté ma tasse.

Sur le chemin de l’école la rue était déserte. Dans le quartier il n'y avait que des vieux retraités, j’étais le seul lycéen du coin. La maison appartenait en effet à mon grand père, il nous hébergeait depuis que mon père a perdu son travail. Il parait que ses ailes prenaient trop de place.

J’arrivai au lycée juste à temps pour rejoindre mon premier cours. J’avais un cours de science, ma matière favorite. On regardait des images de l’anatomie humaine et je dus faire preuve de beaucoup d’imagination pour arriver à situer mes ailes parmi les organes d’un être humain normal.

Mes ailes frémirent de douleur. Je prenais soin chaque matin de les cacher sous mon gros pull en laine, mais il n’est pas assez épais pour camoufler leur mouvement. J’avais peur que mon voisin de derrière ne remarque quelque chose, alors je levai la main et prétextai une envie pressante avant de m’éclipser vers les waters.

Je me dissimulai dans une cabine, enlevai les lacets de mes baskets et entrepris d’attacher mes ailes étroitement à mon dos.

Jamais je n’avais traité mes ailes avec autant d’irrespect. Je ne pouvais m’empêcher de leur en vouloir, car même s’il fut inconcevable pour moi de considérer l’hypothèse que mes ailes m’abandonnaient, j’estimais néanmoins qu’elles devaient être un peu plus tenaces que ça.

La journée était déjà finie. Je m’empressai de quitter l’enceinte du lycée. C’était au moment où je traversais la cour, grand espace qui séparait le bâtiment de la grille, que je la vis pour la première fois. D’abord c’était l’une de mes plumes qui croisa mes pas. Elle flottait dans la cour à quelques centimètres du sol. Je me dirigeais pour la récupérer lorsqu’une fille se baissa pour la ramasser. Elle avait une peau éclatante de blancheur. Ses cheveux noirs flottèrent sur une légère brise, dansant la même note que ma plume, la même que mon cœur qui se mit à battre plus fort, comme pour se joindre à eux.

Je m’attardai sur ses yeux clairs, gris-verts il me semble. Ils étaient émerveillés et je dus suivre son regard pour découvrir que c’était ma plume qu’elle admirait. Je réalisaisalors que l’éclat et la douceur que je trouvais à mes plumes n’étaient pas simple flatterie de ma part parce qu’elles étaient miennes. C’était vraiment le cas aux yeux de tout le monde.

Je vis la plume remonter doucement guidée par une main curieuse. La fille se mit alors à se caresser le visage avec, comme pour tester l’effet que ça ferait sur sa peau. Mais il me semblait que celle ci était bien plus douce. Je suivais les mouvements de la plume, et mes lèvres frémirent lorsque la plume frôla les siennes.

Mon cœur endurait beaucoup plus qu’il ne pouvait supporter. Ma réaction fut violente mais il m’était difficile de me contrôler. Je lui arrachai la plume des mains avant de prendre la fuite, et il me sembla que, contrairement à ce que je m’attendais, elle sourit, nullement surprise.

Lorsque je m’arrêtai enfin de courir, le malaise se dissipa et mon rythme cardiaque se stabilisa. Seul mon souffle coupé me rappelait l’incident. J’avais encore fui alors que tout ce que je souhaitais était de rester, je ne pouvais cependant pas supporter mes réactions qui échappaient à mon contrôle.

Il pleuvait quand je rentrais. J’avais décidé de faire le chemin à pied et ce n’était finalement pas une mauvaise idée. La pluie qui dégoulinait sous mon pull soulageait mes ailes et mon dos.

A mon arrivée, seule ma chambre me parut l’endroit où j’avais envie de trainer. Je mis la plume avec les autres. Je ne pouvais me résoudre à les jeter.

Depuis ma naissance je n’ai perdu aucune plume. Mon père dit qu’elles sont éternelles. Elles prennent soin de nous et d’elles mêmes, nous réchauffent, nous caressent pour chasser nos peines. Nul besoin de leur procurer un soin particulier, ce qui ne faisait que confirmer ma certitude que ce qui m’arrivait n’était pas normal.

Si mes ailes m’abandonnent j’ai dû le mériter. Cependant, je n’arrivais pas à en connaître la cause. Une autre explication me semblait beaucoup plus alarmante, et c’est pour cette raison que je m’efforçais de ne pas y songer.

- Libère les donc ! Tu n’as pas chaud ?

Depuis que j’étais rentré, je n’avais pas encore ôté mon gros pull. Ma mère vint faire sa ronde, comme à l’accoutumée, histoire de s’assurer que tout va bien.

- Tout va bien ?

- Oui.

- Tu as besoin de quelque chose ?

- Non maman ça ira.

- Et ta journée d’école alors ?

- ça va maman, soupirai-je.

Elle s’en contenta et s’en alla. Qu’elle n’insiste pas m’allait parfaitement. Je ne suis pas très bavard ni très doué pour jouer la comédie. Je préférais éviter de faire semblant devant la seule personne qui, de toute façon, allait déceler la supercherie.

Ce soir là, n’étant pas d’humeur à faire quoi que ce soit, je m’endormis tôt, espérant ne trouver des plumes que sur mes ailes le lendemain.

J’avais tellement peur du sommeil, que je ne pus fermer l’œil que tard dans la nuit.

To be continued...