jeudi 16 avril 2009

Dementia

Chapter 3
Part 2

Je n’ai pas souvenir d’une sensation pareille. Se réveiller aux côtés d’un être à qui l’on tient, l’enlacer avant de dormir relève du rêve, mais le retrouver au réveil, se rendre compte que le rêve n’en était pas un, quel délice ! J’avais depuis longtemps abandonné l’idée que l’âme sœur puisse exister. Non que je fusse très âgé pour abandonner si vite, je n’avais pas vraiment d’expérience et j’avais encore un long chemin à tracer devant moi. Mais la vie s’étalait devant moi, vide, effrayante, et cette vision de mon futur m’échappait totalement. Je n’y étais pour rien, moi qui d’habitude étais de nature optimiste. Une sensation de vide s’imposait à moi dès que j’ouvrais les yeux, et ce depuis plusieurs semaines déjà. Pour moi le lien avec ce qui m’arrivait était évident. Peut être les plumes que je perdais m’ôtaient elles à chaque fois un peu de ce qui me restait d’espoir.

Je n’osais bouger, ni même respirer trop fort contre son cou. A cette distance je pouvais humer son odeur. Bien que celle-ci fût moins prononcée maintenant alors que j’avais passé la nuit à la respirer. Sa chair paraissait délicate et je parcourus son corps à la quête d’endroits d’où je pouvais la percevoir. Sa respiration calme et régulière marquait son sommeil. Ses ailes étaient le seul obstacle entre son corps et le mien. Et c’est grâce à elles que la position dans laquelle on dormait n’était en rien suggestive.
Ses ailes frissonnèrent juste au moment où je relevais ma tête pour sentir ses cheveux. Sa respiration changea, je l’avais réveillée. Elle ne bougea pas. Nous restâmes ainsi quelques minutes avant qu’elle ne rompe le silence.
- Bonjour, me dit-elle.
- Tu as bien dormi ? M’enquis-je aussitôt.
- Comme un ange, me répondit elle en s’esclaffant.
Mon rire se joignit au sien. Elle se releva et parcouru la pièce en grandes enjambées dans la direction de la fenêtre. Elle se retourna juste avant de l’atteindre. Un sourire radieux illuminait son visage, les rayons du soleil venaient filtrer à travers ses cheveux et entourait ses ailes. Une vision à immortaliser.
- On se retrouve sur la route du lac dans une heure ?
- Oui, lui répondis-je.
Comment pourrais-je refuser !
- Super ! me dit-elle aussitôt. Rendez vous au début du sentier.
Je commençais à m’habituer à sa façon de s’envoler sans vraiment me dire au revoir.

La douche m’avait fait du bien, remis mes idées en place, rafraichi ma tête, et j’en avais besoin. Ma mère ne m’avait pas trop posé de questions, ce qui était fort étrange. Je m’étais en effet réveillé bien assez tôt un samedi matin, alors que ce n’était nullement dans mes habitudes, et je lui avais annoncé une sortie avec des copains. « Mais quels copains ? » aurait-elle dû dire alors qu’elle s’est contentée d’un « amuse-toi bien » en m’embrassant sur le front. Peut être avait-elle vu ce qui s’était passé la veille au soir. Rien n‘échappe à ma mère !
Elle était debout dans le croisement tournant le dos au sentier. Je ne savais toujours pas comment elle s’appelait et j’avais honte de le lui demander. Si ça se trouve elle connaissait déjà le mien. Au bout de trois rencontres avec elle je trouve cela risible de lui demander son prénom. Tout ce que je pouvais faire c’était espérer qu’elle s’en rendre compte et qu’elle me l’annonce par elle-même.
- Suis-moi, s’écria-t-elle alors que quelques mètres nous séparaient encore.
Elle ôta sa veste, la noua autour de sa taille et s’envola. J’eus à peine le temps de voir la direction qu’elle prenait. Je fis de même avec mon pull et la suis.
Elle volait assez bas, jamais très loin du sentier mais toujours à l’abri des arbres au cas où quelqu’un viendrait à passer par là. Le risque était cependant presque nul vu l’heure qu’il était.
Au bout de quelques minutes nous débouchâmes sur le lac. Nous atterîmes aussitôt réalisant qu’on n’avait pris aucune précaution. Le lieu était heureusement vide et le silence qui hantait la vaste étendue d’eau fût brisé par le rire soudain de mon amie. C’était un rire joyeux, sans aucune raison. Elle ôta ses chaussures et les balança sur le sol rocailleux. Elle prit de l’altitude, me faisant face puis me dépassa en direction de l’eau. Elle prit de la vitesse et descendit assez bas pour pouvoir frôler l’eau avec sa main. Arrivée au centre du lac elle s’éleva dans les airs. Elle resta ainsi quelques secondes à me contempler. Elle était si belle. Tout en elle affolait mon cœur.
Elle interrompit mes réflexions en plongeant en direction de l’eau, tête la première. Je crus qu’elle allait plonger, mais dès qu’elle fût assez près de l’eau elle décéléra et s’immobilisa à quelques centimètres de la surface de l’eau. Elle se redressa et se tint en équilibre, ses pieds touchant à peine l’eau, puis avança en bougeant les jambes comme si elle marchait sur l’eau. Elle ne divergeait jamais trop de sa position initiale. L’illusion était parfaite.
Je la rejoignis pour faire mes essais. Elle pouffa de rire en me voyant sautiller baignant à chaque fois la moitié de mon pied dans l’eau.
Dans un élan d’impatience elle me prit la main et nous rejoignîmes le bord du lac. Elle se tenait debout face à moi et tout ce dont j’avais envie c’était de l’enlacer. Je ramenais mes ailes comme pour m’envelopper avec et me rapprochait d’elle. Elle fit de même. Je parcouru le pas qui nous séparait pour atteindre son visage, à l’ombre de nos ailes qui s’étaient rejoints en même temps que nos lèvres.

Ma mère pénétra dans la chambre, un regard curieux sur le visage. Elle s’esclaffa de rire dès qu’elle vit mon sourire béat. J’avais l’air d’un crétin, je le sentais.
- Je vois que tout va bien, me dit-elle. Dans ce cas je t’abandonne à tes rêveries, tu dineras plus tard si tu le souhaite.
J’appréciais que ma mère sache me laisser un peu d’intimité dans des moments pareils, même s’il fut normal qu’elle vienne vérifier que j’étais toujours en vie après avoir passé les dix dernières minutes à m’appeler sans obtenir de réponse.
Je restai ainsi encore une heure à me demander pourquoi il fallait qu’Arwen eussent justement aujourd’hui un déjeuner de famille.
Voulant profiter au maximum de ma solitude, je descendis les escaliers quatre à quatre et avala mon diner en moins de cinq minutes. Je rejoignis ensuite ma chambre et m’allongeai sur mon lit. Je perdis peu à peu connaissance alors que je n’avais nullement sommeil et que tout ce que je souhaitais était de repenser à elle encore et encore.

Des cris m’extirpèrent de mes songes. Pour une fois que je faisais de beaux rêves. Mes yeux étaient lourds et je ne pus les entrouvrir qu’à moitié. La lucidité ne me parvenait toujours pas mais je compris peu à peu ce qui se passait. On frappait à ma porte avec une telle vigueur, la poignée bougeait sans cesse. On essayait d’ouvrir ma porte et je ne me rappelais même pas l’avoir fermée à clé. Je n’en avais pas l’habitude, même si c’était ce que je devais faire chaque soir avant de dormir. J’entendis ma mère maudire cette consigne et appeler mon père à la rescousse. Une secousse ébranla ma porte une première fois. La deuxième fut suffisante pour que le bois craque. Mon père pénétra le premier. Il me fixa, le regard hagard, tourna la tête vers ma mère juste au moment où elle s’avançait vers moi en courant. Elle palpa mon pouls, me tapota la joue comme pour me réanimer. Mes yeux s’ouvrirent juste assez pour voir ses larmes perler sur ses joues et venir mouiller les miennes. Elle cria quelque chose à mon père qui quitta la chambre d’un pas précipité.
Je n’étais pas assez éveillé pour voir ce qui se passait. La dernière chose dont je me rappelais était une sensation d’humidité. Les draps, mes vêtements, mon dos. Mes yeux roulèrent sur le côté juste avant de se refermer pour s’arrêter sur une flaque rouge au pied de mon lit dont le liquide provenait de gouttes qui coulaient du drap.

To be continued...

vendredi 10 avril 2009

Dementia

Chapter 3
Part 1


Je traînai le pas vers la maison ne pensant qu’à la scène à laquelle je venais d’assister, de peur que les images ne s’effacent de ma mémoire. Je revoyais sans cesse une jolie fille entourée d’immenses ailes blanches et c’était tellement beau ! Mon cerveau embellissait tellement les images que j’aurais presque cru que ce n’était qu’invention de sa part.

En y repensant, elle avait pris la bonne décision en s’en allant sans attendre ma réaction, car je ne sais combien de temps j’aurais pu rester planté là, sans même bouger un pouce ou entamer un petit pas vers elle ! J’étais au demeurant tout aussi consterné que tout à l’heure.

Par bonheur je ne croisai personne en remontant dans ma chambre. Tout était calme, ma mère n’était probablement pas encore rentrée, mon grand père devait faire un somme, ma sœur ses devoirs. Je m’affalai sur le lit et fermai les yeux. Je ne voulais penser à autre chose, car je savais que dès que je le ferais, son image deviendrait floue. D’ailleurs elle le devenait déjà. C’est ce genre d’exercice qui nous fait réaliser à quel point la mémoire humaine peut être défaillante. Et c’est tellement dommage !

Comme je divaguais vers les images de la jeune fille que mon cerveau avait pu collecter ces deux derniers jours, je réalisai soudain que je ne connaissais pas son prénom. Ce fût la dernière chose qui me passa à l’esprit avant que je ne sombre dans le sommeil.

C’était une balle que je tenais à la main et que je lançai sur le mur d’en face qui faisait tant de bruit. Un bruit agaçant, comme un marteau piqueur qui fonctionnait au ralenti. J’étais seul dans une chambre aux murs noirs, ayant pour seul mobilier un fauteuil sur lequel j’étais assis. Seule la porte se détachait du reste de la pièce de par sa couleur. La porte était blanche et c’est pour cette raison que je ne la ratais jamais quand je la visais avec mon ballon. La couleur de la porte m’hypnotisait au point que je ne réalisais pas ce qui se passait autour. Les clichés accrochés sur les murs de la pièce, mélange de photos et d’images. Tous ces clichés m’étaient familiers, c’était les mêmes images qui avaient défilé dans ma tête à mon cours de math.

Ma mère et ma sœur y étaient fréquentes. Leurs visages étaient transfigurés par la peur et la douleur. On lisait la souffrance dans leurs yeux à chaque fois. Une souffrance qui ne serait pas due à ce qu’elles subissaient mais à tout autre chose. Une sorte de souffrance morale, comme lorsqu’on perd quelqu’un. Le fond qui se détachait derrière eux était toujours le même. Du rouge rien que du rouge. Par tâches, un peu partout sur les murs, le sol et les draps du lit.

Dans un autre coin de la pièce il y’avait des clichés de mon père, baignant dans son sang sur le canapé du salon. Allongé sur le dos, un couteau planté dans la poitrine, les yeux encore ouverts et la bouche béante. Le sang baignait presque toute la pièce. Comment un seul corps peut il contenir autant de sang ?

Je restais assis, sans réaction aucune, ne faisant que jeter ma balle sur la porte d’en face. J’avais la certitude que la porte n’allait pas s’ouvrir, personne n’allait entrer dans la pièce. Personne n’allait venir me chercher. Comme si tous ceux qui étaient susceptibles de le faire n’étaient plus là.

Je tournai la tête vers les clichés, gardant ma balle dans ma paume. Une douleur lancinante me perça la poitrine. Je souriais et m’en rendant compte je voulus crier, pleurer, mais je n’arrivais à contrôler ni mes larmes ni les sons qui sortaient de ma gorge, car à ce moment je commençais à rire. Je repris alors mon activité précédente, et commença à lancer le balle sur la porte recréant le bruit de fond qui avait bercé mes songes.

Le bruit de martellement finit par me réveiller. J’étais en sueur. Encore un mauvais rêve. Je tournai la tête vers la fenêtre et sursautai. Elle était là, derrière la fenêtre et tapai doucement du poing sur la vitre. Elle était en équilibre sur le minuscule rebord de la fenêtre, ailes déployées.

Je me hâtai vers la fenêtre, me pris les pieds dans mes chaussures qui trainaient sur le sol, tombai et maudis mon manque de rangement. J’étais encore ensommeillé, ça devrait excuser mon manque d’équilibre. J’entendis la fille pouffer de rire à travers la vitre. J’allai lui ouvrir, me hâtant moins cette fois. Elle bondit dans la chambre en pliant ses ailes pour qu’elles puissent passer à travers la fenêtre, se redressa pour examiner ma chambre. Il faisait nuit au dehors, sombre à l’intérieur, mais la pâle lueur de la lune me permettait de l’observer. Elle ne parut pas apprécier le désordre général et je me mis tout de suite à ramasser tout ce qui trainait par terre.

Elle me sourit et alla s’assoir au pied du lit. Je maudis encore une fois mon manque de rangement qui ne faisait que me faire perdre du temps. Elle était là dans ma chambre, assise sur mon lit et moi je rangeais, ce qui, je réalisai aussitôt, ne m’empêchais pas de parler.

- Tu es partie bien vite ce matin, je n’ai même pas eu le temps de réagir.

- Et bien je pensais qu’il valait mieux t’épargner ça et peut être te laisser pus de temps pour savoir quoi dire, dit elle en souriant. A priori j’avais raison. Ce que je n’arrive cependant pas à comprendre, c’est pourquoi tu te caches encore.

Je réalisai alors que j’avais toujours mon gros pull et mes ailes en dessous.

- Non ce n’est pas ça, lui dis-je en ôtant mon pull. Je me suis juste endormi avant de me changer. Je suis très fatigué, j’ai très peu dormi hier soir.

Mes ailes n’étaient plus douloureuses, mon dos avait déjà guéri, juste quelques cicatrices marquaient mon cauchemar, ce qu’elle remarqua aussitôt.

- J’ai l’impression que tes ailes sont bien fragiles. Tu n’as pas beaucoup de plumes.

C’était pour ça que ses ailes paraissaient plus imposantes que les miennes.

- Ou peut être devrais je dire que tu n’as plus beaucoup de plumes, se reprit elle aussitôt.

Elle était bien perspicace. J’avais l’impression que je ne pouvais rien lui cacher, surtout parce que je ne le voulais pas. Je lui épargnai toutefois mon histoire. Il valait mieux que l’inquiétude ne nous gagne pas tous les deux ce qui pourrait gâcher ce moment, je n’avais en outre aucune envie de repenser à ce qui m’arrivais.

- Je suis désolée, s’empressa-t-elle de dire alors. C’était indiscret de ma part.

- Non, non pas du tout, la repris je. Je n’ai juste pas envie d’en parler maintenant c’est tout. En plus c’est une longue histoire et je n’ai pas envie de te faire peur.

Je lui souris en allant la rejoindre. Je m’assis à côté d’elle, laissant assez d’espace entre nous deux pour nos ailes. Les miennes semblaient bien plus brillantes et douces que les siennes. Les siennes plus vigoureuses, mieux garnies comme elle l’avait elle-même déjà fait remarquer.

- Est-ce que je peux rester ? me dit-elle tout à coup.

Sa proposition alarma mon corps qui se raidit, mon cœur qui se mit à battre plus vite.

- Bien sur, lui répondis-je.

- Je vais juste m’allonger à côté de toi. Ça ne te dérange pas ?

- Bien sur que non, m’empressai je de dire.

Alors elle s’allongea en me tournant le dos. Je passai mon bras autour de sa taille et tirai la couverture.

Il faisait frais et j’avais agréablement chaud.


To be continued...