vendredi 10 avril 2009

Dementia

Chapter 3
Part 1


Je traînai le pas vers la maison ne pensant qu’à la scène à laquelle je venais d’assister, de peur que les images ne s’effacent de ma mémoire. Je revoyais sans cesse une jolie fille entourée d’immenses ailes blanches et c’était tellement beau ! Mon cerveau embellissait tellement les images que j’aurais presque cru que ce n’était qu’invention de sa part.

En y repensant, elle avait pris la bonne décision en s’en allant sans attendre ma réaction, car je ne sais combien de temps j’aurais pu rester planté là, sans même bouger un pouce ou entamer un petit pas vers elle ! J’étais au demeurant tout aussi consterné que tout à l’heure.

Par bonheur je ne croisai personne en remontant dans ma chambre. Tout était calme, ma mère n’était probablement pas encore rentrée, mon grand père devait faire un somme, ma sœur ses devoirs. Je m’affalai sur le lit et fermai les yeux. Je ne voulais penser à autre chose, car je savais que dès que je le ferais, son image deviendrait floue. D’ailleurs elle le devenait déjà. C’est ce genre d’exercice qui nous fait réaliser à quel point la mémoire humaine peut être défaillante. Et c’est tellement dommage !

Comme je divaguais vers les images de la jeune fille que mon cerveau avait pu collecter ces deux derniers jours, je réalisai soudain que je ne connaissais pas son prénom. Ce fût la dernière chose qui me passa à l’esprit avant que je ne sombre dans le sommeil.

C’était une balle que je tenais à la main et que je lançai sur le mur d’en face qui faisait tant de bruit. Un bruit agaçant, comme un marteau piqueur qui fonctionnait au ralenti. J’étais seul dans une chambre aux murs noirs, ayant pour seul mobilier un fauteuil sur lequel j’étais assis. Seule la porte se détachait du reste de la pièce de par sa couleur. La porte était blanche et c’est pour cette raison que je ne la ratais jamais quand je la visais avec mon ballon. La couleur de la porte m’hypnotisait au point que je ne réalisais pas ce qui se passait autour. Les clichés accrochés sur les murs de la pièce, mélange de photos et d’images. Tous ces clichés m’étaient familiers, c’était les mêmes images qui avaient défilé dans ma tête à mon cours de math.

Ma mère et ma sœur y étaient fréquentes. Leurs visages étaient transfigurés par la peur et la douleur. On lisait la souffrance dans leurs yeux à chaque fois. Une souffrance qui ne serait pas due à ce qu’elles subissaient mais à tout autre chose. Une sorte de souffrance morale, comme lorsqu’on perd quelqu’un. Le fond qui se détachait derrière eux était toujours le même. Du rouge rien que du rouge. Par tâches, un peu partout sur les murs, le sol et les draps du lit.

Dans un autre coin de la pièce il y’avait des clichés de mon père, baignant dans son sang sur le canapé du salon. Allongé sur le dos, un couteau planté dans la poitrine, les yeux encore ouverts et la bouche béante. Le sang baignait presque toute la pièce. Comment un seul corps peut il contenir autant de sang ?

Je restais assis, sans réaction aucune, ne faisant que jeter ma balle sur la porte d’en face. J’avais la certitude que la porte n’allait pas s’ouvrir, personne n’allait entrer dans la pièce. Personne n’allait venir me chercher. Comme si tous ceux qui étaient susceptibles de le faire n’étaient plus là.

Je tournai la tête vers les clichés, gardant ma balle dans ma paume. Une douleur lancinante me perça la poitrine. Je souriais et m’en rendant compte je voulus crier, pleurer, mais je n’arrivais à contrôler ni mes larmes ni les sons qui sortaient de ma gorge, car à ce moment je commençais à rire. Je repris alors mon activité précédente, et commença à lancer le balle sur la porte recréant le bruit de fond qui avait bercé mes songes.

Le bruit de martellement finit par me réveiller. J’étais en sueur. Encore un mauvais rêve. Je tournai la tête vers la fenêtre et sursautai. Elle était là, derrière la fenêtre et tapai doucement du poing sur la vitre. Elle était en équilibre sur le minuscule rebord de la fenêtre, ailes déployées.

Je me hâtai vers la fenêtre, me pris les pieds dans mes chaussures qui trainaient sur le sol, tombai et maudis mon manque de rangement. J’étais encore ensommeillé, ça devrait excuser mon manque d’équilibre. J’entendis la fille pouffer de rire à travers la vitre. J’allai lui ouvrir, me hâtant moins cette fois. Elle bondit dans la chambre en pliant ses ailes pour qu’elles puissent passer à travers la fenêtre, se redressa pour examiner ma chambre. Il faisait nuit au dehors, sombre à l’intérieur, mais la pâle lueur de la lune me permettait de l’observer. Elle ne parut pas apprécier le désordre général et je me mis tout de suite à ramasser tout ce qui trainait par terre.

Elle me sourit et alla s’assoir au pied du lit. Je maudis encore une fois mon manque de rangement qui ne faisait que me faire perdre du temps. Elle était là dans ma chambre, assise sur mon lit et moi je rangeais, ce qui, je réalisai aussitôt, ne m’empêchais pas de parler.

- Tu es partie bien vite ce matin, je n’ai même pas eu le temps de réagir.

- Et bien je pensais qu’il valait mieux t’épargner ça et peut être te laisser pus de temps pour savoir quoi dire, dit elle en souriant. A priori j’avais raison. Ce que je n’arrive cependant pas à comprendre, c’est pourquoi tu te caches encore.

Je réalisai alors que j’avais toujours mon gros pull et mes ailes en dessous.

- Non ce n’est pas ça, lui dis-je en ôtant mon pull. Je me suis juste endormi avant de me changer. Je suis très fatigué, j’ai très peu dormi hier soir.

Mes ailes n’étaient plus douloureuses, mon dos avait déjà guéri, juste quelques cicatrices marquaient mon cauchemar, ce qu’elle remarqua aussitôt.

- J’ai l’impression que tes ailes sont bien fragiles. Tu n’as pas beaucoup de plumes.

C’était pour ça que ses ailes paraissaient plus imposantes que les miennes.

- Ou peut être devrais je dire que tu n’as plus beaucoup de plumes, se reprit elle aussitôt.

Elle était bien perspicace. J’avais l’impression que je ne pouvais rien lui cacher, surtout parce que je ne le voulais pas. Je lui épargnai toutefois mon histoire. Il valait mieux que l’inquiétude ne nous gagne pas tous les deux ce qui pourrait gâcher ce moment, je n’avais en outre aucune envie de repenser à ce qui m’arrivais.

- Je suis désolée, s’empressa-t-elle de dire alors. C’était indiscret de ma part.

- Non, non pas du tout, la repris je. Je n’ai juste pas envie d’en parler maintenant c’est tout. En plus c’est une longue histoire et je n’ai pas envie de te faire peur.

Je lui souris en allant la rejoindre. Je m’assis à côté d’elle, laissant assez d’espace entre nous deux pour nos ailes. Les miennes semblaient bien plus brillantes et douces que les siennes. Les siennes plus vigoureuses, mieux garnies comme elle l’avait elle-même déjà fait remarquer.

- Est-ce que je peux rester ? me dit-elle tout à coup.

Sa proposition alarma mon corps qui se raidit, mon cœur qui se mit à battre plus vite.

- Bien sur, lui répondis-je.

- Je vais juste m’allonger à côté de toi. Ça ne te dérange pas ?

- Bien sur que non, m’empressai je de dire.

Alors elle s’allongea en me tournant le dos. Je passai mon bras autour de sa taille et tirai la couverture.

Il faisait frais et j’avais agréablement chaud.


To be continued...



1 commentaire:

Anonyme a dit…

Waaaw, la petite histoire d'amour commence à prendre forme et c'est agréable :)
J'attends la suite ;)