lundi 1 juin 2009

Dementia

Chapter 4

Part 1


Je repris conscience dans un état d’engourdissement général. Mon corps me semblait trop lourd pour que je puisse me relever, même mes paupières avaient du mal à s’ouvrir. J’entendis une chaise grincer et des pas se précipiter vers moi.

- Dan ?

Ma mère avait dû percevoir mes yeux qui s’agitaient sous mes paupières. Mais ma bouche était trop sèches, mes lèvres trop lourdes pour que je puisse lui répondre. Je ne sentais pas mes membres. Combien de temps avais-je dormis ? Je l’ignorais. Je savais néanmoins que quelque chose clochait.

Je me rappelais la sensation d’humidité perçue sur mon dos et mes ailes juste avant de perdre conscience. Tâtant les draps de ma main à l’endroit où j’avais vu les gouttes perler, je ne sentis rien d’autre que le doux tissu entre mes doigts.

Ma mère s’empara aussitôt de ma main dans un soupir de soulagement.

- Dan tu m’entends ? Essais d’ouvrir les yeux mon chéri.

Il me semblait que je ne fournirais jamais assez d’effort pour contrôler mes paupières. Je me focalisai alors sur mon corps, tâchant de trouver des signes de ce qui s’était passé. Mon dos était douloureux, d’ailleurs je réalisai à ce moment que j’étais allongé sur le ventre, la tête tournée de côté. Je sentais un bandage qui me serrait la poitrine, emprisonnant mes ailes, mes ailes que je n’arrivais pas à sentir. J’avais l’impression qu’elles n’existaient même plus.

Je serrais la main de ma mère dans la mienne à défaut de pouvoir lui dire que tout allait bien, puis je lâchai sa main, et m’assoupit de nouveau.

La pièce était sombre quand je rouvris les yeux. J’étais toujours allongé sur le ventre, le bandage avait pourtant disparu, laissant mes ailes frémir en liberté. Je me relevai et la tête me tourna pour avoir trop dormi. Prenant conscience de tout mon corps, mes ailes me semblèrent trop légères. Je me pressai alors vers le miroir et y contempla mon dos. J’avais certainement dû perdre beaucoup de plumes car mes ailes étaient bien moins dégarnies que d’habitude. Mon dos avait déjà presque guéri. A en juger par les cicatrices, j’avais dû dormir deux jours d’affilées. J’avais dû être en si piteux état !

Prenant soudain conscience de ce qui venait de m’arriver, mes yeux se baignèrent de larmes, et je ne pus empêcher le flot qui commençait à jaillir. Je me rassis sur le lit et pris ma tête entre mes mains.

Comment combattre quelque chose d’invisible ? Le mal qui me frappait n’avait aucune source. A moins de ne plus jamais dormir et de veiller toutes les nuits, que pouvais-je faire pour prendre les choses en main ?

Des coups retentirent sur la porte, ma mère pénétra d’un pas pressant, puis vint me serrer dans ses bras. Nous restâmes ainsi pendant un long moment avant qu’elle ne rompe le silence et me demande ce qui s’était passé.

- Je n’en sais rien ! M’emportai-je aussitôt.

Le chagrin se transformait en colère. J’étais furieux contre mes ailes qui me laissait tout simplement tomber, furieux contre ma mère qui osait me demander ce qui s’était passé, comme si j’y étais pour quelque chose.

- On a trouvé des entailles profondes sur ton dos, tenta-t-elle de m’expliquer. Tes ailes étaient si fragiles, tes plumes éparpillées dans toute la chambre, comme si tu… quelqu’un te les avait arraché une par une. On a eu si peur. On ne savait pas quoi faire. Ton grand père a dit que ça irait, que tu n’avais pas perdu tant de sang que ça, que tes ailes te guérirais assez vite.

- Eh bien il n’a pas eu tort, lui dis-je avec amertume.

- Mais tu ne te rappelle de rien ? Quelqu’un a-t-il pénétré dans ta chambre pendant la nuit ? Tu n’as comme même pas pu dormir tranquillement pendant que quelqu’un te… ton grand-père a dit qu’on ne t’avait pas drogué, tu étais donc conscient lorsque s’est arrivé…

- Je ne sais pas maman ! Je ne me rappelle de rien.

- Je t’en prie, si c’est ton père ne le protège pas…

- Non ! Comment peux tu penser que papa pourrait me faire du mal.

- Il n’est pas lui-même, tu le sais bien. Il se pourrait qu’il… enfin, tant mieux si ce n’est pas lui, mais je ne vois pas comment ça a pu se produire... L’important est que tu ailles bien au final, ajouta-t-elle après un moment de silence.

- Je vais déjà beaucoup mieux, m’enquis-je aussitôt, y voyant une échappatoire. Mais je me sens encore très fatigué.

- Je te laisse te reposer, me dit-elle en posant un baiser sur mon front. S’il te plait ne ferme pas la porte à clef… Je t’aime.

- Je t’aime aussi maman, finis-je par lui dire.

Ma mère n’y était pour rien, aussi était-il injuste que je m’en prenne à elle, alors que je lui cachais tout depuis des semaines. Peut être étais-je aussi en colère parce que ma famille avait fini par se rendre compte de ce qui m'arrivait et qu’ils allaient désormais sans cesse me le rappeler, rien qu’en voyant tous les jours leurs visages inquiets.

Des petits coups saccadés me firent sursauter. Les volets de la fenêtre étaient fermés, ce qui ne m’empêcha pas de distinguer la silhouette d’Arwen derrière.

Je m’empressai d’ouvrir la fenêtre. Je parvenais à la voir à mesure que je remontais les volets. Son visage m’apparut enfin, inquiet, ses yeux bouffis, il me semble, par une nuit passée à pleurer.

Je préférais alors garder le silence et l’enlaçai dès qu’elle eût pénétré dans la chambre. Elle se remit alors à pleurer dans mes bras et je ne sus que faire pour la réconforter, sinon la serrer très fort.

Elle finit par se dégager et me dit sur un ton interrogateur :

- J’avais vu des cicatrices avant. Sur ton dos. Je n’avais pas osé te demander à ce moment là. Je n’ose pas non plus aujourd’hui.

Elle baissa les yeux avant de reprendre.

- Je ne veux pas savoir ce qui t’es arrivé, même si je doute que tu le sache toi-même.

- Il me semble que si c’était quelqu’un qui me faisait ça, il m’aurait déjà tué depuis longtemps, lui dis-je sur un ton qui laissait croire que je parlais plus à moi même qu’à elle. Je ne vois pas pourquoi il s’amuserait à pénétrer dans ma chambre le soir, pour me blesser et repartir. Et je ne vois pas qui pourrait me haïr ce point.

Elle me regarda avec des yeux ébahis.

- Je suis désolé, m’excusai-je. Je ne voulais pas te faire peur. Ce qui est arrivé il y a quelque jour… ça m’est déjà arrivé plusieurs fois auparavant, mais ce n’était jamais très grave. J’ai eu peur aussi… quand je me suis réveillé et que j’ai vu mes ailes. Je ne sais pas quoi faire, finis-je par avouer.

Elle m’adressa un faible sourire avant de venir s’assoir à côté de moi.

Maintenant que ma vie semblait un peu plus remplie, j’aurais dû être heureux, en particulier en ce moment même, avec Arwen à mes côtés, Arwen qui s’inquiétait pour moi. Mais l’angoisse avait enfin fini par m’atteindre, et tout ce que je pus faire, c’était lui rendre son sourire.

To be continued...